Dans la RVF de février 2022 – Ils ont changé de vie pour devenir vignerons

Dans la Revue du Vin de France de février 2022 : "Ils ont changé de vie pour devenir vignerons...". Nous avons goûté les vins des néo-vignerons ! Par Karine Valentin

Nous avons goûté les vins des néo-vignerons !

Par Karine Valentin

Venus d’univers très différents, ces audacieux ont décidé de devenir vigneron, avec beaucoup d’envie et de pureté. Mais que valent leurs vins aujourd’hui ? Nous en avons dégusté 220. Et nombre de pépites sont accessibles à moins de 15 euros.

En complément de notre dossier spécial “Changer de vie pour devenir vigneron”, nous avons dégusté 220 échantillons de domaines créés depuis moins de quinze ans et sans lien familial avec le vignoble. Une photographie qui ouvre des perspectives et montre le dynamisme de cette catégorie de vignerons dont la passion, l’entêtement et le talent s’illustrent ici.

Très souvent, ces néo-vignerons ont d’abord travaillé dans le marketing, le secteur commercial ou l’informatique. Tous viennent à la terre par passion. Une passion qui ne les laisse pas en paix tant qu’ils ne l’ont pas assouvie. Elle est là, prenante, cachée au creux du désir, jusqu’au jour de la bascule où le changement devient une évidence. Alors, ils achètent un domaine suivant leurs moyens, suivant leur histoire, ils commencent doucement, puis, au fil de l’expérience, reprennent une parcelle par-ci, une autre par-là…

Ce rebond sur un socle terrien, vivant, met du concret dans une vie riche mais jusque-là dénuée d’attaches tangibles. Ils ne sont pas nés fils de… Leur accès à la terre vigneronne est un choix réfléchi, dur parfois. Pourtant, rares sont ceux qui raccrochent les gants. Ils deviennent au gré des millésimes, bon an, mal an, de vrais vignerons.

Comprendre cette terre ardemment désirée

Il leur faut a minima entre cinq et huit ans pour comprendre cette terre qu’ils ont ardemment désirée, et encore une paire d’années pour en vivre. C’est sur cette base que nous avons réalisé cette sélection.

Parmi les vignerons retenus dans cette dégustation, une grande partie est installée depuis moins d’une quinzaine d’années. Ils font partie de cette génération qui a connu, dès le début, des millésimes compliqués : les épisodes de gel, la grêle, la sécheresse, les années en berne. La décennie 2010-2020 ne les a pas épargnés.

Et c’est sans doute cet entêtement des convertis qui leur a permis de passer le cap. À la différence des vignerons qui reprennent la suite de leurs parents, ces néo-vignerons ont, eux, choisi la région où ils souhaitaient s’installer, avec la recherche d’une qualité de vie. Est-ce ce facteur supplémentaire qui les a aidés à dépasser ces millésimes difficiles, ce climat capricieux ?

Belles cuvées de néo-vignerons

Au cours de cette dégustation, nous avons eu le plaisir de voir combien ces néo-vignerons produisaient de belles cuvées. Est-ce la passion du métier ? Leur ténacité ? Toujours est-il qu’ils n’ont pas à rougir de la comparaison avec des familles de vignerons installées depuis des générations sur la même appellation qu’eux…

Conditions de la dégustation :

Les 220 échantillons ont été sélectionnés par les instances professionnelles, ainsi que par les membres du comité de dégustation de La Revue du vin de France. Ils ont été dégustés dans les locaux de La RVF par Karine Valentin au début du mois de décembre 2021.

Sud-Ouest

93/100

Château de Chambert
Cahors 2016

Philippe Lejeune est passé de la nouvelle économie et de l’électronique au château de Chambert, propriété historique de Cahors, il y a douze ans. Bilan : le château converti à la biodynamie est aujourd’hui le plus grand domaine de l’appellation. Les vins conservent l’âme du cahors qui vieillit. L’éclat tonique du 2016, à la fois joufflu et carré, signe une belle détermination à faire bien et bon. 19 €

93/100

Domaine des Boissières
Marcillac La Quille de Rouge 2020
Une franchise de fruit intense et sincère, et une tension révélatrice d’un éclat tendre posé sur le croquant et la finesse d’un vin à la chair sans aspérité. Les fruits s’accrochent aux tanins séveux d’un mansois installé sur un terroir qui lui sied. La finesse, le fruit et la tension sont les trois guides des vins de Marc Fraysse depuis qu’il a créé le domaine en 2017. 13 €

93/100

Le Vent des Jours
Cahors Les Calades 2019

Installé en janvier 2019, ancien sommelier du Balandre à Cahors, Laurent Marre est parti puis revenu sur ses terres cadurciennes pour produire à partir de trois parcelles du Jurassique, Kimméridgien et Quaternaire, un bijou de malbec élevé en foudres, en cuves et en amphores. La minéralité saline et la dimension florale d’un malbec riche offrent au vin sa séduisante envergure et sa dimension déliée, épicée et élégante. 14 €

92/100

Mas Lafon
IGP Aveyron Tome II 2020
C’est à la limite du Quercy, juste avant le Causse, que Jean-Baptiste Lafon a trouvé refuge sur quatre hectares de vignes en 2018. Malbec, syrah et cabernet-sauvignon pour ce vin au fruit frais, lumineux et vibrant, à la chair concentrée, satinée. La légère amertume en finale tend la cuvée pour lui donner encore plus de peps. 20 €

91/100

Château Les Hauts de Caillevel
Bergerac Atypique 2019
Arrivés avant les vendanges 2018, Pierre-Étienne et Charlotte Serey marquent avec ce blanc 2019 leur premier cycle de vignerons. Ils font partie de cette nouvelle génération qui, assise sur les bases du Bergeracois, fait bouger les lignes. Ainsi, le chenin de cette cuvée prend des airs ligériens, devenant au fil de la dégustation de plus en plus séduisant. 12 €

90/100

Château de Fayolle
Bergerac Sang du Sanglier 2019
Une puissance précise sur des notes de sous-bois, une intensité remarquable et une fraîcheur louable pour ce vin qui s’étend sur un fruit pur, net et franc, au joli croquant et au parfum entêtant. Le boisé borde la finale. 13 €

90/100

Domaine Bois de Devès
Fronton 2020
Nicholas Smith, professeur de batterie, a repris les vignes d’un domaine qui n’avait jamais vu d’engrais depuis quarante ans. Il offre à boire un vin dominé par la négrette, sensible et floral, avec une touche de réglisse et de zan, au tanin aimable et frais. 8 €

89/100

Clos d’Orsignac
Bergerac Rouge Fruité 2020
Ancienne lobbyiste parisienne, Élodie Corrieu se lance sur un plateau où merlot, cabernet franc et malbec donnent ce pur jus de mûre, tendu, d’un velours profond en guise de tanins et légèrement poivré en fin de bouche. 9 €

89/100

Domaine de la Petite Tuile
Gaillac 2019
Clémence et Clément Debord se sont installés en mars 2016 ; lui était informaticien, elle dans l’édition. À partir d’un trio braucol, duras et syrah, ils posent un fruit juste avec ce qu’il faut de matière déliée, gracieuse, sur une pointe tannique et une verticalité qui met le fruit sur son 31. 9,10 €

89/100

Domaine KL
Côtes de Duras Sauvignon Le Sud 2019
Philippe Klels, industriel belge, a investi en 2017 dans le Sud-Ouest, assouvissant ainsi sa passion pour le vin. Le charme séveux du vin tient autant dans la maturité des raisins que dans l’élevage en jarres de grès. Les débuts du vin sont un peu variétaux, mais les notes de menthe et la personnalité acidulée prennent vite le dessus. 14 €

89/100

Domaine de Sarros
Jurançon La Contrée 2019
Jean-Luc Ducasse était directeur marketing et développement en assurance santé. Il ne produit que 7 500 bouteilles par an de ce jurançon (assemblage de petit et gros mansengs et lauzet) à la pointe alcooleuse mais joliment investi de parfums de quinquina. 11,50 €

89/100

Vigne de Signols
IGP Aveyron Le petit Couillut 2020
Voilà une belle fantaisie que ce vin-là, produit par un artiste de scène et chef d’orchestre. Yvan-Marie Rufié a repris le domaine en 2010 et l’a entièrement replanté jusqu’en 2014. Le goût de fruit mûr et le petit tanin caressant font du mansois (fer servadou), le cépage aveyronnais, un délice. 12,50 €

89/100

Vignereuse
Gaillac Croizade 2020
Ancienne masseuse et assistante caméra, Marine Leys a lâché son ancienne profession en 2013 pour prendre la direction de Gaillac. Duras et syrah, égrappés, macérés délicatement puis élevés en cuves un an donnent un vin sur la légère tension d’un tanin croquant et d’un fruit mûr et frais. Un vin de nez plus que de bouche. 10 €

88/100

Château de Cuqueron
Jurançon Cuvée N° 2 2018
Un petit manseng élevé douze mois en barriques sur levures indigènes pour un vin produit par Olivier Peyret, géologue de formation. Le vin est mûr et légèrement évolué, fumé, avec une pointe acidulée. La finale séduit avec ses amers tendres, sur une touche saline. 17,20 €

Château de Bouissel, à Fronton : Dans le Tarn, mais avec une inspiration corse

Fanny Thomas et Luc Flores livrent leur première cuvée en famille.

Un vigneron perd la foi, un autre se convertit… Fanny Thomas et Luc Flores tombent à pic au moment où Bouissel est en vente. Elle est comptable, la vigne l’a toujours séduite. Sylvain Thomas, son frère, caviste et restaurateur en Corse, trouve dans le projet un désir vigneron qui, comme pour sa sœur, sourdait depuis des années. Sur la plus haute terrasse du Tarn, 22 hectares pour mettre en place une viticulture inspirée de la Corse. Le Rangversant 2020 (92/100, 8,90 €) est leur première cuvée, le malbec domine une négrette de ses notes florales. La bouche est radieuse, sexy, gansée d’un fourreau de tanins poudrés et d’une finale résonnante sur les fruits frais.

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